10,46KM/H

Article écrit par Alix

Dimanche dernier, à 13h07 j’ai tout vu tourner. Mon corps s’est déporté sur la gauche, tout seul. Il y avait beaucoup de monde autour de moi, je les voyais mais je n’ai déjà plus le souvenir d’avoir entendu quoi que ce soit. Je n’écoutais que ma propre voix, il ne faut pas que je tombe. J’étais à la fois heureuse, soulagée, douloureuse et fière de moi.
Dimanche dernier, j’ai participé au semi-marathon de Paris.

J’avais acheté mon dossard en septembre et depuis je courais régulièrement. Certes mon entrainement n’était pas optimal, mais pas dérisoire non plus. J’ai couru plus ou moins deux fois par semaine pendant six mois, parfois trois. Parfois zéro. Mes chaussures m’ont lâchée une semaine avant la course, cette même semaine où j’ai été malade et où il a plus des cordes. Adieu les saucony bien faites à mes pieds, bonjour les new balance toutes neuves…

Je n’ai jamais vraiment aimé courir toute seule. Par contre, des que je sais que je peux compter sur quelqu’un pour m’accompagner, c’est un vrai plaisir.
Je me souviens parfaitement la première fois où l’on m’a demandé de faire de l’endurance. C’était en cours de sport en CM2. Le but c’était de ne pas s’arrêter. Alors je suis partie vraiment très lentement, on faisait des tours de cour de récréation, je contournais un arbre avec de grosses racines qui faisaient exploser le bitume. Tout le monde me doublait mais j’étais quand même fière de moi parce que presque tous les garçons et les filles de ma classe s’étaient arrêtés avant le coup de sifflet, mais pas moi. J’y avais mis un point d’honneur. Et je continue de le faire. Ne pas s’arrêter.

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J’ai rapidement compris, dans les classes qui ont suivi, que je pouvais accélérer et que je serais capable de ne pas m’arrêter pour autant. Tous les ans, je me classais plutôt bien aux cross du collège. Je suis même allée au cross départemental une fois. Je m’y suis sentie un peu comme une étrangère parce que toutes les filles étaient très équipées et vivaient pour la compétition. Moi ce que je voyais, c’est que j’allais pouvoir courir dans la boue et aller plus vite que jamais, surtout dans les virages où nous étions encouragées : un pur bonheur.

Le lycée fut certainement le point culminant de ma vie de coureuse. J’étais à l’aise, mon père m’avait appris à respirer correctement (une expiration/deux expirations), mes jambes étaient légères et j’adorais porter des shorts très très courts. Je savais, que sur la ligne de départ, on me regardait. Le soir et le week-end, j’allais courir avec des copains. Elle était loin la soirée où je n’avais pas pu suivre mes amis parce que je respirais mal dans le parc. Désormais, je donnais l’allure et personne ne la trouvait trop lente. On discutait en courant, 45 minutes, une heure, deux heures, jamais plus. J’ai encore cette sensation à l’esprit, c’était si facile, si évident.

 

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Mes deux ans de prépa furent un désastre sportif. Pas un seul footing en deux ans. Et me voilà au mois de septembre, à me lancer dans la préparation du semi marathon.
Je suis allée cherchée mon dossard samedi après midi à Vincennes. Il y avait de tout : des jeunes amoureux, des vieux amoureux, des groupes de gars, des solitaires musique dans les oreilles, et des coureurs qui donnent l’impression de passer leur vie en tenue de sport, qui ne vivent que pour la course.
Un type me suggère de ne pas partir trop vite. Rétrospectivement ça me fait rire parce que les trois premiers kilomètres on piétine… 10 000 personnes qui décollent en même temps, ça fait presque des bouchons. Le départ est donné à 11h05 pour mon sas. Les trente minutes qui précèdent, je regrette de n’avoir personne avec qui partager ce moment, parce que finalement, je fais quelque chose que je n’aime pas d’habitude : courir toute seule ! (Certes, au milieu d’une foule).

Une fois la première foulée entamée, on ne rumine plus, il n’y a plus que la course qui compte. J’ai bien digéré mes tartines de pain complet, ma nuit agitée ne semble pas me porter préjudice, il fait beau et bon et j’ai quatre compeed préventifs collés sur les pieds de manière très stratégique. Les trois premiers kilomètres passent à une vitesse fulgurante, je reste près du meneur d’allure, la flamme grise. Il a la tête de l’emploi, musclé, sec, un bandana sur la tête, a l’air plutôt sympa. Jusqu’au 10ème kilomètre je me sens bien, je bois un peu aux ravitos, je suis régulière, j’aperçois deux fois mes supporters personnels et puis à ce fameux dixième kilomètre c’est comme si la douleur avait surgi d’un coup. J’ai très mal au dos, la fatigue commence à se faire sentir mais je reste concentrée et je profite des ondes positives provenant des enfants venus soutenir leur maman ou des supporters anonymes qui crient mon nom (visible sur le dossard) en signe d’encouragement. Entre le 17ème et le 19ème kilomètre ça va mieux pour moi. On commence à voir sur les côtés des coureurs qui ont fait un malaise, certains marchent, d’autres décrochent. Il y a aussi ceux qui accélèrent. Y compris mon meneur d’allure tant adoré tout au long de la course. Il ne faut pas lâcher, il ne faut pas ralentir, il faut accélérer (non ça quand même faut pas exagérer non plus). La fin est difficile et en même temps la délivrance approche. Je franchis la ligne d’arrivée à 2h01min02sec. J’ai envie de m’écrouler le sourire aux lèvres même si mon visage est plus torturé que souriant. Le sourire est à l’intérieur disons.

Je ne me suis pas arrêtée. Il fait beau. Je bois. J’ai une médaille. Des quartiers d’orange. On me félicite à travers une grille. Je suis fière de moi.

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(Photos à moitié appropriées par moi -Maud-. Juste, qui n’aime pas Freaks and Geeks et le génial Bill Haverchuck hein ?)

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