Interview #JDRVDR

Bonjour tout le monde, vous allez bien ?

Dans l’article Job de rêve, vie de rêve je te parlais du fait que beaucoup de jeunes (moi inclus) ont du mal à trouver où ils veulent aller professionnellement. Comment on faisait pour trouver quelque chose dans lequel on était bon, de savoir si on devait vivre de sa passion ou se sentir nécessaire, utile. Si réussir dans son travail c’était réussir dans sa vie et si cela emmenait finalement au bonheur. Dans cette optique j’avais envie de faire une série d’interviews de parcours d’études, de personnes de différents âges/milieux professionnels pour comprendre un peu mieux ce que tout ça implique en fait. Je vous ai demandé si ça vous intéressait/si vous vouliez y participer et j’ai eu des réponses positives. TROP BIEN.

Donc, aujourd’hui j’inaugure la première cérémonie des Césars  interview Job de rêve, vie de rêve (#JDRVDR pour les nerds comme moi. Enfin, finalement tous les gens qui sont sur les réseaux sociaux. Aka, un bon paquet d’êtres humains.).

Aujourd’hui c’est « Jean-Marc » qui se lance. J’espère que ça vous plaira.

Ou en êtes vous dans votre parcours ? Comment décririez vous votre activité professionnelle ou vos études à ce moment ?

J’ai terminé mes études et j’ai commencé à travailler il y a un peu plus d’un an.
J’ai fait un bac S, puis une classe prépa HEC, et ensuite je suis rentrée en école de commerce. Maintenant je travaille dans une banque.

Est ce que vous êtes dans une position satisfaisante selon vous ou vous attendez/attendiez autre chose de votre profession ?

Les choses que je trouve satisfaisantes avec mon travail, c’est des choses matérielles :
• Je suis en CDI ;
• Je suis plutôt bien payée ce qui me permet de mettre de l’argent de côté pour mon projet de monter ma propre « affaire » dans le futur ;
• Mes conditions de travail, comparées aux standards dans la banque, sont assez chouettes. Je finis à 16h le soir. La cantine est bonne. Et puis j’ai des « avantages » qui font un peu nouveau riche mais qui sont appréciables quand même, et que je n’aurais pas si je travaillais dans un autre secteur (salle de sport, fonds de pension pour la retraite, assurance maladie privée).
Je suis aussi contente de faire un travail « éthique » (je me suis toujours promis que je ne ferai jamais un métier qui est « mauvais pour la planète » et qu’au contraire ma tâche serait de « réparer les choses pour que ça aille mieux »).

Après, il y a des choses dans mon travail qui ne me satisfont pas :
• Je travaille dans un open space donc je n’ai pas mon bureau à moi. C’est chiant pour la concentration (à cause du bruit), et c’est aussi chiant à cause du contrôle social (tout le monde entend si jamais tu fais des boulettes au téléphone, et tout le monde peut voir ton écran d’ordinateur)
• Je ne suis pas non plus satisfaite avec les horaires que je fais (même si comparé à la moyenne des gens j’ai des horaires plutôt cools). Je ne pense pas que l’être humain soit fait pour travailler toute la journée et avoir seulement 6 semaines de vacances par an. Pour moi le progrès, ça devrait nous permettre de travailler moins. J’aimerais bien ne travailler que le matin et avoir mes après-midis pour moi (ce qui en vrai serait tout à fait possible car actuellement ma charge de travail fait que je pourrais effectuer toutes mes taches de la journée en 4-5heures, mais bien sûr si je disais ça à mon chef il ne me dirait pas « très bien tu peux partir quand tu as fini ton travail » : il me dirait « très bien je vais te donner plus de travail ». Donc je mens, comme tout le monde, et je fais semblant que ma charge de travail est adéquate alors que je glandouille. C’est frustrant car c’est une perte énorme sur mon temps libre. Et comme je suis en open space et que tout le monde voit ce que je fais je ne peux même pas utiliser mon « temps perdu au travail » pour de vrais projets personnels qui me tiennent à cœur)
• Mon travail est très répétitif (un peu comme un travail à la chaine) et pas assez intellectuel. Mon cerveau n’est pas assez stimulé par mon travail (j’ai l’habitude de dire à mes proches que j’aurais pu faire mon travail actuel en sortant du CM2, et tout le monde hurle). C’est assez frustrant car les études que j’ai faites m’ont fait espérer avoir un métier « cérébralement stimulant », et je me rends compte en quelque sorte qu’on m’a menti.
• Enfin, je ne corresponds pas à la culture du monde de la banque (pour plein de raisons). Je n’ai pas les sujets de discussion qu’il faut, les vêtements, la coiffure, le maquillage, les plans de carrière. Je suis décalée par rapport aux autres. Je n’ai pas d’amis parmi mes collègues. Je ne trouve pas intéressants les gens avec qui je travaille (je les trouve ennuyeux).

Est ce que vous vivez de votre passion ? Est ce votre vocation ?
Non

Est ce que l’éducation que vous avez reçu vous a mené d’une certaine manière à votre profession/voie professionnelle ? Comment ?

Mes parents (surtout mon père) sont assez à gauche et du coup j’ai été élevée dans l’idée qu’il y avait des métiers éthiques et d’autres pas. Du coup à cause de mon « éducation politique » j’ai toujours voulu faire un métier « qui sert à quelque chose » et pas un métier vide de sens qui ne fait qu’aggraver la situation du monde (je suis un peu grandiloquente mais tu vois le truc quoi ).
Aussi, mes parents sont tous les deux instituteurs. Je suis assez branchée sociologie donc j’ai eu conscience assez tôt que la profession de mes parents avait très certainement influencé mes choix d’orientation. J’ai notamment fait une classe prépa « à cause » d’eux. Et après la prépa tout s’enchaine : on fait une prépa pour passer un concours, et ensuite rentrer dans une école, qui elle-même nous forme à un certain type de métier. Le fait de faire une classe prépa a donc déterminé beaucoup de choses dans mon orientation. Et les chiffres montrent que les enfants d’instituteurs ont tendance à plus faire une classe prépa que les autres (à revenu parental comparable). Mes parents ont une grande foi dans le système scolaire. Pour eux le plus important ce n’est pas de choisir une orientation parce qu’on a une vocation ou une passion, mais de faire les études les plus prestigieuses possibles. Ils pensent que plus on a fait des études prestigieuses et plus on a le choix ensuite. Pour eux les études prestigieuses ne ferment pas de portes (je pense le contraire, mais je m’en suis rendue compte un peu trop tard ^^).
Enfin (et j’ai conscience que c’est paradoxal avec ce que je viens d’écrire plus haut), mon père est très attaché à l’idée de liberté. Il dit souvent qu’il souffre de son travail car il n’est pas libre et qu’il aurait aimé faire un métier qui lui laisse plus de possibilités (meilleur salaire, plus de temps libre). Du coup j’ai grandi avec la conscience que le plus important dans la vie, c’était d’être libre. Je pense que c’est un des aspects de mon éducation qui me pousse à chercher à créer des choses par moi-même, à créer ma propre entreprise par exemple.

Est ce qu’en étant étudiant(e), vous hésitiez entre différents parcours, si oui comment avez vous pris/envisagé vos décisions ?

Haha j’ai passé ma vie à hésiter ! S, ES ou L ? Classe prépa ou fac ? Et ensuite une fois en école de commerce : quel master choisir : finance, droit, culture, humanitaire ?

Au final, j’ai toujours opté pour les choix « raison » et jamais pour les choix « passion » (parfois je regrette, parfois non. Je ne sais vraiment pas quels auraient été les meilleurs choix).
Par « choix raison » j’entends : j’ai choisi les choix les plus prestigieux et/ou professionnalisants. Je pense que c’est très lié à mes parents, surtout à mon père. Le père de mon père était ouvrier et du coup l’objectif de vie de mon père, ça a été l’élévation sociale. Il voulait que ses enfants s’élèvent encore un cran au-dessus de lui. Pour lui c’est ça le but de la vie, l’ascenseur social. Il avait très peur que ses enfants soient pauvres ou au chômage (du coup ça excluait d’office les métiers manuels ou artistiques dans les choix d’orientation). Et je pense qu’il m’a transmis ses peurs. J’ai fait mes choix en ayant conscience qu’ils étaient largement le fruit d’un déterminisme. C’est peut être aussi dû au fait que je suis l’ainée et que j’ai plus absorbé les désirs de mes parents (mes frères et soeurs ont été plus libres que moi de choisir une orientation « passion »).

Est ce que vous connaissiez quelqu’un plus jeune qui faisait le métier que vous faites aujourd’hui ?

Non, pas du tout. Mon milieu social est très éloigné du monde de la banque / finance.

Comment vos parents/proches ont été présents dans vos études ? Quelle était leur vision sur vos choix, leur implication ?

Bah ils sont instits donc forcément leur passion, c’est un peu l’école ^^ Ils ont été très présents dans mes choix jusqu’à la prépa. Quand j’ai fini ma classe prépa, c’est plus moi qui ai pris les rênes (ils étaient largués, de toute façon : quand je suis entrée en école de commerce c’était un nouveau monde avec de nouveaux codes et mes parents ne pouvaient pas du tout m’aider car c’était trop loin de leur quotidien, de leurs connaissances, de leur milieu social). Du coup à partir de l’école de commerce c’est moi qui ai fait tous mes choix « toute seule » (choix de stages, choix de master etc.). C’était souvent difficile pour moi de ne pas pouvoir demander conseil à mes parents (alors que mes camarades en école le pouvaient avec leurs parents à eux). Et puis je ne pouvais pas trop non plus leur parler de mes doutes parce que souvent on s’engueulait (ils étaient tristes de me payer une école sur laquelle je râlais souvent).

Est ce que votre situation vous a posé des contraintes dans vos études ?

Il y avait des contraintes financières. Je ne suis pas fille unique et mes parents ne sont pas Crésus donc forcément ça a posé des limitations. Je savais par exemple que je ne pouvais pas me payer le luxe de changer d’orientation en cours de route si jamais ça ne me plaisait pas. Quand je suis arrivée en école de commerce, la première année a été très difficile pour moi car j’ai réalisé que c’était en quelque sorte une « grosse erreur d’orientation ». Mais l’école coute cher et mes parents avaient déjà payé ma première année…et du coup ça ne le faisait pas trop de leur dire « en fait non, je vais arrêter là, vous avez financé mes années de prépa et cette première année d’école pour rien, je veux faire un truc totalement différent ».
Et puis après, une fois que j’ai eu fini l’école, j’aurais pu faire un autre master ailleurs mais du coup ça repoussait le moment où j’allais commencer à travailler. Et du coup ça posait des contraintes financières immédiates. J’avais 24 ans, un copain, envie de voyager, de pouvoir bien manger, m’acheter les vêtements que je voulais et c’était dur de faire le choix de rester « pauvre » pour encore 2-3 ans et d’être dépendante financièrement de mes parents. Et puis mes parents repoussaient leur date de départ à la retraite pour financer nos études…je me trouvais égoïste de faire des études trop longues et trop chères. Du coup j’ai préféré commencer à travailler.

Est ce qu’il y a eu un évènement qui vous a fait prendre en compte quelque chose d’important, ou qui vous a perturbé durant vos études ?

Ah c’est un peu personnel. Mais oui il y a eu un évènement, c’est quand j’ai rencontré mon copain. Jusque-là j’étais assez « carriériste ». Je pensais que se réaliser dans la vie, c’était se réaliser dans le travail (du coup j’étais un peu triste et je me posais plein de questions parce que je ne trouvais pas ma voie professionnelle, et j’avais l’impression d’être un vieux caca tout nul parce que je n’étais pas la fille qui réussissait, qui allait avoir un boulot de rêve). Mon copain est tout sauf carriériste. Il m’a fait prendre conscience que la valeur d’une personne ne se mesurait pas à la « coolitude » de son travail. Et du coup j’ai pas mal décroché au niveau « ambitions de carrière » et « regard des autres sur le travail que je fais ». Je ne sais pas si c’est très clair…mais j’ai réalisé qu’on pouvait être très heureux (voire même plus) sans avoir fait de grandes études, et en faisant un travail manuel (par exemple vendeur de crêpes sur la plage ). Que le travail n’était qu’un moyen de gagner de l’argent pour se dégager du temps libre pour faire les choses qui comptent (voyager, être avec ses enfants etc).

Est ce que vous diriez que vos choix professionnels marquent d’autres parties de votre vie (relations sociales, intérêts différents par exemple) ?

Pour les relations sociales, pas trop. Je trouve les gens école de commerce / finance plutôt ennuyeux du coup la plupart de mes amis ne viennent pas de là.

Est ce que vous aimeriez être célèbre ou est ce quelque chose qui ne vous intéresse pas (enfin, sauf si vous êtes déjà célèbre) ?

Ah c’est rigolo. Boarf je pense que tout le monde au fond de soi rêve un peu d’être célèbre. C’est humain de rêver que les gens vous reconnaissent pour votre travail, et de rêver de produire une « œuvre », un truc important.
Mais je pense pas que ça me plairait. J’ai réalisé au fil du temps que les gens célèbres étaient des gens qui travaillaient beaucoup (on ne devient pas célèbre par hasard) et que du coup forcément leur vie personnelle en souffrait. Et je vais paraitre old-school etc mais pour moi le plus important dans la vie c’est d’avoir une relation de couple chouette et des enfants épanouis. Donc je n’ai pas envie de « faire carrière ». Donc je ne serai probablement jamais célèbre !

Est ce que vous avez l’impression d’avoir « réussi » ? Qu’est ce que veut dire réussir pour vous ? Est ce important ? Est ce que d’une certaine manière, votre travail/études vous rendent heureux, épanoui ?

Non, je n’ai pas encore l’impression d’avoir réussi. J’ai l’impression que je suis encore en phase de transition. Je considèrerai que j’aurai « réussi » quand j’aurai réussi à me libérer du travail salarié et que j’aurais un travail indépendant (quand j’aurai créé mon propre truc).
Et c’est un peu triste à dire mais mon travail actuel ne m’épanouit pas (je ne trouve mon épanouissement qu’à l’extérieur de mon travail justement, mon travail est pesant).

Si vous deviez changer une chose dans votre parcours ?

J’interprète la question comme : « si vous pouviez vous donner des conseils à vous-même plus jeune » :
• Il faut s’orienter vers les domaines dans lesquels on est bon et ça ne sert à rien de lutter contre sa vraie nature (typiquement moi je suis une buse dans les matières scientifiques : ça ne sert à rien de s’acharner hormis souffrir). Il faut cultiver ses points forts parce que c’est ça qui fera la différence pour avoir un travail qui nous correspond bien plus tard. C’est un peu l’idée de la vocation…si tu sens que dans la vie il y a un truc que tu aimes systématiquement faire et pour lequel les gens te disent que tu as du talent, il faut que tu t’orientes vers ça ;
• Un bon critère pour choisir un travail (ou du moins un secteur d’activité) c’est de voir quel type de personnes y travaille et se demander : est-ce que j’admire ces personnes ? est-ce que j’aimerais être comme elles ? (il faut avoir des modèles) Aussi, quand on fait des stages, se rendre compte du type de personnes avec qui on se sent bien. Moi par exemple je me sens terriblement mal avec les gens du marketing, de la communication, de l’humanitaire et de la culture  ça peut donner des indications sur le métier qui est fait pour nous.
• Apprendre à ne pas faire des choix pour les autres (famille, amis, petit copain) mais pour nous. Une amie que j’aime beaucoup (et qui a eu la force contrairement à moi d’arrêter l’école de commerce à la fin de la première année) m’a dit : « il faut savoir être égoïste ». A un moment (et je sais combien c’est dur surtout s’il y a des contraintes financières derrière) il faut se dire qu’on a qu’une vie et qu’il ne faut pas attendre pour vivre pour soi et pas pour les rêves des autres.
• Quand on travaille on réussit forcément (bah ouai c’est con…mais souvent on l’oublie. La valeur travail ! (coucou Sarkozy)).
• Ne pas trop se prendre la tête avec ça. Réaliser qu’on est jeune et que c’est normal de se poser des questions sur l’orientation. Que même les gens en apparence parfaits s’en posent. Réaliser que même les gens de 40 ans super cools continuent à ne pas être sûrs de leur orientation !

Un truc à ajouter ?

Non j’ai écris mon petit pavé du soir 🙂

————–

 Encore merci pour ta participation 😉

Si ça vous a plu et que vous aimeriez participer, ce serait super chouette. Vous pouvez m’envoyer un mail ici. Merci. Bonne journée ! ∴

PS: Les mots en italique c’est juste pour rester un peu plus private, ce sont donc mes changements.

Un commentaire sur “Interview #JDRVDR

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