La chute


Je crois que s’il y a bien une chose qui distingue le passage de l’adolescence à l’âge adulte, c’est cette notion d’incompréhension. Tu n’as aucune idée de ce que tu es supposé faire, comment te présenter face aux autres et trouver les influences qui seront les tiennes, ta construction propre.

On nous dit souvent (on c’est l’adulte), qu’il faut faire ce qui nous ressemble, ce qui nous caractérise, creuser dans nos passions pour grandir. Le problème généralement c’est qu’on trouve ça incohérent parce que c’est justement notre ambition.

Et, il y a toute cette inquisition, cette accumulation de savoir, d’influences et d’expériences qui emmène à quoi ? A la chute. Pardon ? La chute c’est l’âge adulte. J’ai déjà évoqué le fait que c’était un processus et vraisemblablement pas une étape définitive et subite mais, sait-on jamais, tu sais que l’idée qu’il y ait un procédé qui englobe des phases adolescentes comme un manuel ça me plait.

Donc cette semaine j’aimerais qu’on parle ensemble de différents points dans l’évolution vers l’âge adulte, un peu comme un accéléré de ce cheminement, à travers des textes, vidéos, la culture etc.

En y réfléchissant, pour moi tout est dans l’éducation. Voilà comment je peux terminer mes recherches. C’est dit, j’ai plus de blog. L’éducation, mais pas n’importe laquelle. Celle qu’on veut trouver. Pour moi, on peut nous donner une éducation mais ne pas en tirer profit (bien sûr je parle de l’éducation post éducation parentale). Et, cette éducation pour moi c’est  la culture bien évidemment. J’imagine que c’est la seule chose qui ne mourra jamais. J’ai toujours senti que j’approchais un peu plus d’être une Femme (ou peut être que le mot adulte est moins spécifique et plus adapté ici) lorsque je découvrais quelque chose sur moi et sa relation avec mon environnement à travers un « objet » culturel.

Aujourd’hui, je veux te parler de la question d’autonomie, à travers l’ouvrage Just Kids de Patti Smith.

Il y a ce fait que Patti Smith est livrée à elle même si jeune et qui bien évidemment la marque, la conditionne. Je trouve que certaines fois on dit que lorsqu’on est autonome (dans l’esprit) et seul on est libre. Pour moi c’est tellement faux… On voit bien que sans argent elle galère. Evidement ça pousse à se bousculer. Tu n’as plus aucun moyen de repousser tes actions, de vouloir jouer la sécurité. Tu es obligé de prendre des risques. Qui dit risques dit problèmes mais ça permet aussi des rencontres, des opportunités.

Ce qui est drôle aussi c’est que Patti Smith, tu as l’impression qu’elle est partie sans bagages. Qu’elle était vide et qu’elle s’est enrichie et a apprivoisé l’art et la notion de culture hyper rapidement. Moi je suis dans ce bain depuis toute petite, et aller vers la culture seul, je trouve ça presque courageux. C’est (selon ce que j’en ai tiré -du livre-) le fait de s’entourer de personnes artistiques qui lui a permis de pratiquer. Surtout de rencontrer Mapplethorpe. Laisse tomber comment je regrette de ne pas avoir vu l’expo sur Mapplethorpe l’année dernière au Grand Palais du coup. J’ai lu ce livre un an trop tard…

Patti Smith & Robert Mapplethorpe

J’adore le fait qu’ils soient un duo plus ou moins inséparable, et qu’ils aient une grande influence artistique l’un sur l’autre. C’est quand même assez puissant et j’en suis envieuse.

Encore une fois, comme je l’avais dis dans le post obsession perfection, je ne sais pas si cette élévation personnelle et artistique est due à son caractère ou à ses expériences. J’ai le sentiment qu’elle était assez confiante envers son talent et que son caractère la prédisposait à se faire remarquer. Dans le sens où elle était assez intelligente, curieuse et extravertie pour oser perturber les autres. Je crois, du coup que son caractère a été un avantage pour ensuite lui permettre des expériences décisives dans sa vie d’artiste.

Il y aussi cette chose à laquelle tu ne peux pas t’empêcher de penser, qui est le bouillon culturel, l’ère propice à l’artiste. Dans les années 70-80 où tu sortais à New York et tu croisais dans les endroits branchés toutes les nouvelles images de la musique et de l’art. Plutôt bon cru on pourrait dire. Ou alors c’est juste que maintenant c’est plus facile de se faire connaitre (ère internet) mais aussi beaucoup plus dur (beaucoup plus d’aspirants artistes).

Bon peut être que cette question d’autonomie et de sortir de sa zone de confort est à étudier de plus près…

Je voudrais partager des extraits de Just Kids, qui m’ont intéressée par rapport au blog et à l’adolescence, aux nouvelles expériences.

Notre premier hiver ensemble a été rude. Même avec le meilleur salaire que je touchais chez Scribner’s, nous avions très peu d’argent. Souvent, nous nous retrouvions dans le froid, au coin de St James Place, à loucher sur la sandwicherie grecque et le magasin d’arts plastiques Jake’s, en nous interrogeant sur la meilleure façon de dépenser nos quelques dollars-matériel de dessin ou sandwiches au fromage grillé, il fallait choisir. Parfois, nous étions incapables de déterminer laquelle de nos famines était la plus dévorante, et Robert montait la garde, nerveux, dans la sandwicherie, pendant qu’imprégnée de l’esprit de Genet j’allais chiper le taille-crayon en cuivre ou les crayons de couleur dont nous avions tant besoin. J’avais une vision plus romantique de la vie d’artiste et de ses sacrifices. J’avais lu un jour que Lee Krasner avait volé des couleurs pour Jackson Pollock. je ne sais pas si c’était vrai, mais l’histoire m’inspira.

Je ne sais pas ce que tu en penses, mais j’ai l’impression d’être à des années lumières de ce genre de pensées et de situations. J’ai toujours vécu dans un environnement favorisé, et même si je sais bien évidemment que tout le monde n’est pas dans mon cas, c’est quelque chose qui pour moi est compréhensible mais en même temps totalement impossible de m’y identifier. Mais cette histoire est assez dure, et à la fois très romanesque (n’en déplaise à Patti Smith). Et c’est vrai que c’est assez inspirant.

Nous ne pouvions pas nous payer l’entrée. D’autres fois, nous visitions des musées. Nous avions tout juste assez d’argent pour un seul ticket, donc l’un d’entre nous entrait, regardait l’exposition et la racontait à l’autre.

Alors autant pour s’alimenter c’est peut être plus délicat comme situation, mais cette histoire de musée m’a absolument ravie, je ne sais pas trop pourquoi ! Le fait de découvrir l’art à travers une interprétation est je trouve très intéressante ! J’avoue que sans réduire le côté délicat de sa situation ou être médisante voire abusive, juste par simple curiosité de l’expérience, c’est quelque chose que j’aimerais bien essayer.

Peu à peu, j’ai commencé à passer plus de temps avec de vieux amis du secteur de Pratt, en particulier le peintre Howard  Michels. C’était le garçon que je cherchais le jour où j’avais rencontré Robert. Il s’était installé sur Clinton avec l’artiste Kenny Tisa, mais à ce moment là il vivait seul. Ses immenses tableaux évoquaient la puissance physique de l’école Hofmann, et ses dessins, sans y perdre leur originalité, rappelaient ceux de Pollock et De Kooning. Assoiffée de contact comme je l’étais, je me suis tournée vers lui. J’ai pris l’habitude de lui rendre fréquemment visite en rentrant du travail. Howie, comme on l’appelait, parlait bien, il était passionné, cultivé et engagé politiquement. C’était un soulagement de pouvoir discuter de tous les sujets, de Nietzsche à Godard, avec quelqu’un. J’admirais son travail et je me réjouissais des affinités que nous révélaient ces visites.

On en revient à cette envie de contact (donc on peut peut être dire que oui c’est caractériel), et aussi à l’abondance de personnes inspirantes, ce cercle assez restreint mais grouillant d’artistes. Et ce « soulagement de pouvoir discuter de tous les sujets », j’admets que c’est quelque chose qui parfois me manque. Même si je suis dans un entourage qui aime la culture, parfois c’est assez complexe de trouver des personnes engagés sur des sujets totalement diversifiés mais qui en même temps nous intéresse. Et parfois on ne peut pas obligatoirement trouver les moyens de vouloir en parler…

J’avais besoin de quelqu’un à qui parler. Je suis rentrée dans le New Jersey pour les vingt et un ans de ma soeur Linda. Toutes deux dans les affres du passage à l’âge adulte, nous nous sommes mutuellement consolées.

J’ai l’impression que plus j’avance, plus je trouve des gens qui regrettent leurs années adolescentes. Je sais que c’est cliché, mais à priori, c’est tout de même une période porteuse de liberté. On est seuls, autonomes mais on dispose d’un soutien familial (quand on est chanceux), et on a l’impression que tout est possible, on n’a pas le poids des années et pas encore de gros obstacles dans notre vie quotidienne. C’est vrai que c’est assez plaisant. Par contre je crois que je sors un peu de cette catégorie quelques fois. Si tu veux, je suis un peu ce cliché vivant de l’âme de 100 ans dans un corps d’ado. Pas que je sois sagesse et savoir (clairement pas) mais j’ai l’impression d’avoir des préoccupations qui différent des gens de mon âge. Je suis un peu une trentenaire dans l’âme, et même si je fais preuve de naïveté pour cause d’inexpérience, j’ai tout de même assez de lucidité et de maturité pour ne pas voir tout dans une bulle qui serait juste mon espace personnel. Il faut dire que j’ai un esprit assez analyseur (apparemment c’est français comme expression) et que mes parents m’ont donné un vaste champ de perspectives à travers mon éducation et leurs sources. (Mais bon pas vraiment de quoi se vanter) PS: J’avoue qu’aussi ridicule que cela puisse paraître, je ne me réjouis pas de fêter mes 20 ans cet été. J’ai l’impression d’avoir davantage un devoir envers l’adulte qui est en moi.

Cependant, une vibration se faisait sentir, une impression d’accélération. Ca avait commencé avec la lune, ce poème inaccessible. Maintenant des hommes avaient marché dessus, il avait des traces de caoutchouc sur la perle des dieux. Peut-être était ce la conscience soudaine du temps qui passe, le dernier été de la décennie. Parfois j’avais envie de dire pouce et d’arrêter tout ça. Mais arrêter quoi ? Arrêter de grandir, tout simplement peut-être.

Bon en tant que fille de 19 ans qui tient un blog sur les analyses adolescentes, j’avoue que j’ai plus ou moins frémis de plaisir à la lecture de ce passage. Probablement parce que tout adolescent (et surement les gens qui n’ont pas décidé d’oublier leur adolescence également) peut s’identifier à ce type de pensée.

Nous avons passé une belle journée qui a culminé par une nuit d’une passion inhabituelle. Ravie, j’ai consigné cette nuit dans mon journal intime, ajoutant un petit coeur, comme une adolescente.

C’est drôle comment l’adolescent est rempli de clichés, mais en même temps on ne va pas prétendre que noter nos souvenirs précieux est synonyme de rareté à un jeune âge. Je t’ai déjà dis que jeune j’ai échoué quelques fois à la rédaction d’un journal intime. Peut être que ma « revanche » est dans mon blog. Peut être (probablement), dans quelques années je me trouverais stupide et puérile en relisant mes écrits, mais je m’en moque. Je me souviens néanmoins d’une époque où, très jeune, j’avais un carnet cadenassé dans lequel je faisais des dessins tirés d’histoires que je lisais. Le tout pendant que ma maman était en cours de gym. J’écrivais en inversant les lettres, comme dans un miroir et je dessinais comme en période art brut haha.

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Je me sentais si profondément atteinte que je me suis enfuie pour aller m’enfermer dans notre ancienne salle de bains commune, au neuvième étage. Je ne savais pas très bien ce qu’il m’arrivait. Mon expérience reflétait d’assez près la scène de « Mange moi, bois moi » dans Alice au pays des merveilles. J’ai tenté de retrouver à l’intérieur de moi la réaction pleine de retenue et de curiosité qu’Alice oppose à sa propre épreuve psyché. Quelqu’un m’avait administré une forme d’hallucinogène, j’ai résonné. Je n’avais jamais pris la moindre drogue auparavant, et les connaissances limitées que j’en avais venaient de ce que j’avais observé chez Robert ou de mes lectures de descriptions des visions provoquées par la drogue chez Gautier, Michaux, et Thomas De Quincey. Je me suis recroquevillée dans un coin, sans savoir quoi faire. Une chose était sûre, je ne voulais pas que quiconque me voie rapetisser ou grandir, même si tout se passait dans ma tête.

Bon. Même si ce cas type ne m’est jamais arrivé, j’ai trouvé ce passage assez chouette. Ce qui m’a plu surtout, c’est qu’à l’époque, Patti Smith étant une artiste et fréquentant les milieux assez débauchés de New York, tout le monde la prenait pour une rockeuse défoncée ou une lesbienne mais en réalité elle était blanche comme neige, et selon les autres un ovni, voire assez banale/inintéressante. Dans un sens mes expériences débauchées étant limitées (c’est peu dire ahem), ça m’a fait rire, je ne vais pas dire le contraire.

Mais aussi ces références envers une certaine découverte de psyché, ça m’a énormément parlé, rapport au fait que depuis petite j’éprouve une curiosité sans faille à relier mes pensées et mes actions dans cette soif de découverte.

Je terminerais par ce qui je crois est une vérité absolue, à la fois une évolution corporelle et intellectuelle:

On aurait dit que le monde entier se voyait lentement dépouiller de son innocence

Je t’embrasse, à demain…∴

 

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