Contradictions incessantes

 

J’ai l’impression de ne vivre qu’en contradictions. Et je crois que ce phénomène est délibérément testé et approuvé par ma génération. Ma génération qui: recherche à la fois le comfort du beau, de la contemplation et poursuit avec frénésie la rapidité, l’efficace, ce qui « marche ». Ma génération qui veut du concret, une politique no bullshit et ne peut se concentrer une minute, faire des choix durables, savoir ce qui nous convient. On évolue trop vite, tout le temps, on change d’avis en un claquement de doigts, pourquoi ? Parce qu’on le peut à ton avis, on a le droit à beaucoup de fantaisies alors on en profite. On essaye de nager entre des eaux sales avec tout ce que les autres on rejeté, consommé, épuisé et on se demande ce qui en vaut la peine, vraiment.

On veut trouver des personnes intéressantes, qui sont intelligentes sous tous les points parce qu’on aime être stimulés, par tous les moyens ça nous rend un peu plus vivants, mais parfois, haaa ça colle pas, on a envie de creuser et de débattre mais jusqu’à un certain point. On veut bien se donner la peine mais en fait j’essayerai pas parce que je ne connais pas ce qui a au bout, alors peut être que je vais faire comme les autres, toucher à tout, essayer ce qu’on me propose, du bout des doigts mais s’en jamais s’y attacher. S’attacher ça devient lassant. On aime, un peu trop, on se croit trop guimauve ou trop lié et ça c’est mauvais parce que l’attachement c’est la porte vers la douleur, le regret, le trop plein de temps passé sur du futile. Et peut être aussi la fin du flow, de nouvels engrenages et du renouveau de la discussion, du sexe embarrassant et décomplexant plus tard, de nouvelles rencontres, du questionnement poussé. Est ce que je suis trop enlisé, tu te demandes ? La peur de l’échec mais la peur de réussir guette elle aussi.

Et moi qui passe ma vie à parler parler parler dans mon cerveau, tellement que je n’entends même plus les autres, que je répète trois fois ma journée aux personnes que je n’ai même pas eu le temps d’apprécier. Et je m’isole parce que j’ai l’impression de n’avoir que trop entendu de paroles sans intérêt pour moi et ne pas avoir pris le temps de décortiquer ma journée. Et après je veux sortir, m’amuser danser, rire, parce que je me prends trop au sérieux toute la journée, pourquoi aucune idée, probablement parce que je ne suis pas assez efficace alors mes pensées deviennent rabat-joie. Et je sens mon dos s’écrouler sous le poids d’on ne sait trop quoi, de la procrastination du meilleur moi,et mes cicatrices tirer et se réveiller. Et puis au final avec qui je partage ma journée ? Toujours les mêmes personnes parce que je n’ai pas demandé à mon corps de m’accorder une étincelle dans les conversations dans lesquelles j’ai été présente, ma tête relevée et mon cortex débranché. Et je répète ma journée en pesant le pour et le contre, en essayant de me frayer un chemin de clarté, mais non.
Et puis je dénigre ma génération, ou du moins sans généraliser à outrance certaines pensées (moi comprise même si tiraillée) que l’on a le droit de penser ce qu’on veut, de faire ce que l’on souhaite, qu’on dispose d’une liberté immense qui est finalement annihilée par le jugement instantané des autres ou de soi même. La culpabilité, ou cette espèce d’hypocrisie quand on change de milieu à devoir adapter ses centres d’intérêt. A se sentir plus con avec certains, plus superficiels et à lâcher prise, enfin, et avec d’autres à croire en sa créativité, son potentiel et se sentir exister, ou encore à sentir de la gêne parce qu’on ne sait quoi dire, quoi faire parce qu’on n’a jamais rencontré des gens comme ça, ou que l’on fuit un certain type de caractère chez lequel on n’existe pas ou l’on n’a pas envie d’exister.
Je suis fière de mon éducation, de mon ouverture, honteuse de mon non-lâcher prise, de moi qui galère à suivre les conversations politiques, ma non endurance plutôt batailler en coupures régulières que d’arracher les coutures avec brutalité et soulagement en hors champ. Je fuis, trouve des excuses, fait oui de la tête sans piper mot, essaye de ravaler mon air dégouté en entendant certaines abberations de langage, de discours, de reflexions arriérées. Je suis envieuse des milieux où le simple, le superficiel est abordé avec ce qui est convenu, de la légèreté et non pas du dénigrement. Et en même temps jamais je n’échangerais les gens hautains mais surs d’eux qui m’ont fait entrevoir de la passion, d’une abondance d’intelligence et passé le melon on devient admiratifs et cons et amoureux.

Je voudrais pouvoir être une personne qui a une morale, des principes, du je m’en foutisme, une collection de livres mais aussi une collection de conneries de jeunesse qui n’en valaient pas la peine, mais qu’est ce qu’on s’est marrés. Avoir des paillettes plein les yeux pour des évènements stupides et une vénération du rationnel. Pouvoir aimer et détester ce que je veux, être moi pleinement, pousser mon système de pensée jusqu’aux extrêmes s’il le faut, mais sans jugement pessimiste et dénonciateur. Juger avec humour, délicatesse, en poussant les autres à atteindre leur mieux. Etre un peu moins idéaliste mais aussi un peu moins dépressive du dimanche.
Profiter des opportunités et de la zizanie de ce monde, avec aisance. Sauter.

PS: Cyrielle, trois ans plus tard, mon instagram c’est @maudorhon 😉

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